Chaque mois, Polystyrene, l'incontournable mag culturel du Grand Est, offre généreusement un grand espace - 4 pages !!! - à un illustrateur jeune ou moins jeune, débutant ou confirmé : c'est l'Imageur. La mission de l'imageur tient en 3 dessins, destinés à illustrer 3 têtes de rubriques. En prime, Poly portraitise l'auteur façon "sa vie, son oeuvre".
Dans le POLY de SEPTEMBRE 2005, Poly m'a ouvert les portes en grand !
rubrique SORTEZ !
En club ou au ciné, au théâtre ou au musée, une sélection des meilleures sorties du mois.
© Babache
rubrique POLYMAG
Portraits, entretiens, rencontres... Tous ceux qui font l'actualité culturelle du Grand Est.
rubrique POLYCREA
Electro, mode, design, archi, médias... gros plan sur ceux qui créent dans la région.
PORTRAIT
Photo E. Hoffert
LE DESSIN EN DILETTANTE
Depuis l’enfance, le dessin est pour Dominique Herrbach un exutoire à sa timidité. Il n’a pas fait de la caricature son métier, mais n’a jamais cessé de dessiner pour le plaisir et de rêver à des projets de bande-dessinées. Portrait d’un autodidacte de 43 ans qui signe Babache, comme pourrait le faire un cousin du grand Duduche.
Dans les dessins de Dominique Herrbach on trouve beaucoup de désinvolture, un certain franc-parler, parfois scato, des personnages aux traits exagérés, des cigognes qui feraient peur à notre gentille mascotte alsacienne. Vous situez le genre ? Charlie Hebdo, Fluide glacial, la caricature de presse… Pourtant Dominique Herrbach ne laisse paraître chez lui aucun des traits de caractère de ses personnages. Lorsqu’il nous raconte son rapport au dessin et nous retrace les grandes étapes de sa vie, cela ne fait plus aucun doute : Babache est le double qui se cache derrière Dominique Herrbach, le Mister Hyde du Docteur Jekyll.
Dominique a passé son enfance à Saint-Martin dans le Val de Villé. Dès la primaire et ensuite durant ses années de collège en internat aux Trois Epis, ses cahiers de piètre écolier sont barbouillés de dessins. La caricature de ses professeurs lui vaut de multiples punitions dont il tire une certaine reconnaissance vis-à-vis de ses camarades. Le dessin a toujours été un exutoire à sa timidité : « Le dessin était pour moi un véritable langage, plus fort que les mots. C’était ma manière de me rebeller, l’instrument avec lequel je pouvais me lâcher ! » Au lycée, il réalise pour le journal interne des dessins proches de l’univers de Gotlib ou de Cabu et côtoie Joseph Griesmar, futur Béhé. Mais alors que ce dernier prépare l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg pour faire la carrière que l’on sait, lui ne poursuit pas dans l’apprentissage du dessin. Il part à 17 ans faire son service militaire et passe le premier concours venu à son retour. C’est ainsi qu’il entre à la Poste comme guichetier. Il grimpe les échelons d’années en années pour occuper aujourd’hui un poste de graphiste dans le service communication. Pendant ce temps, il se marie, se fait amener deux beaux enfants par les cigognes alsaciennes, et dessine en dilettante. Il participe à quelques concours BD (dont celui de Sierre en Suisse), intègre l’association Objectif Bulles présidée par Roger Seiter, réalise des dessins pour ses collègues de bureau… Aujourd’hui à 43 ans, il se remet à « gratter du Rotring » de façon plus assidue et travaille à un projet de bande-dessinée : « Je vis les choses à l’envers, j’ai ressenti après 40 ans que mes enfants (13 et 18 ans) avaient moins besoin de moi et je me suis retourné vers ce que j’aimais faire : le dessin ».
Le déclic de cette nouvelle phase de travail s’appelle Mano Solo. En faisant paraître ses dessins sur le site web du chanteur, Dominique trouve une certaine reconnaissance et l’envie de se remettre au travail. Quelles sont les étranges raisons qui l’amènent à rencontrer le fils de Cabu ? Le hasard et l’amour, pardi (c’est toujours comme ça que commencent les belles histoires) ! Pour les 40 ans de sa femme, Dominique veut lui faire un cadeau exceptionnel : une rencontre avec ses chanteurs préférés. Qui plus est, Madame a bon goût : Gérard Manset, Jean Ferrat, Rufus Wainwright et Mano Solo. La rencontre avec ce dernier dépasse le simple autographe puisque Dominique et son épouse se retrouvent « neteurs » sur son site web. Pour son site, Mano laisse libre cours à la créativité de ses fans plutôt que de mettre en ligne une classique revue de presse. Dominique Herrbach dessine alors des planches humoristiques sur les petites histoires de Mano Solo (ses démêlés avec le journal Libération, sa relation avec ses fans…). Cela n’intéresse qu’un petit club d’initiés, mais cette expérience permet à Dominique de démystifier le monde du spectacle et de développer une relation d’amitié. Car lorsque Mano lui écrit qu’il préfère les caricatures qu’il fait de lui plutôt que celles de son père, c’est un compliment qui touche Babache au cœur, lui l’admirateur du grand Duduche.
Depuis cette rencontre, Dominique dessine de plus en plus et retravaille son sujet de prédilection : les cigognes. Après avoir illustré un calendrier de pompiers dans lequel il se moque gentiment des travers des Alsaciens, il ressort des cartons un vieux projet de BD qui lui tient à cœur : l’histoire d’une cigogne à la retraite qui se remet à assurer le transport des bébés. Elle retrouve ainsi sa dignité perdue et peut enfin refuser de servir de potiche touristique à l’Alsace. Ecrasée entre Hansi et Tomi Ungerer, nous avons espoir de retrouver une cigogne plus actuelle et pleine d’humour sous la plume perspicace de Babache. Allez Dominique, au boulot !
Catherine Schickel - Polystyrene N°89 - Septembre 2005
LE MAGAZINE CULTURES ET LOISIRS DU GRAND EST
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